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Volume 2 : Chapitre 17 - Silence Explicite

  L'annonce du mariage n'avait pas encore été rendue publique, mais Cerena l'avait vécu comme un coup de poignard en plein c?ur. Rien, en apparence, ne changeait fondamentalement à sa condition au palais ; elle demeurait captive d'une force qui la dépassait depuis longtemps déjà. Pourtant, elle savait que la portée symbolique de cette union était sans commune mesure — pour elle, bien s?r, mais surtout pour Owen, s'il venait à l'apprendre.

  Cette pensée seule suffisait à la rendre malade. Une nausée sourde, persistante, l'accompagnait jour et nuit.

  De retour dans sa chambre, elle ne l'avait plus quittée durant plusieurs jours. Elle n'y trouvait ni repos ni réconfort, seulement une illusion de constance rassurante. Elle ne cherchait même plus à se lever en présence de l'Empereur. Curieusement, il ne semblait pas lui en tenir rigueur : il continuait à lui adresser la parole sur des sujets triviaux, avec cette même voix calme et posée, comme si rien n'avait changé — avant de prendre congé, sans jamais évoquer l'essentiel.

  Une semaine après l'annonce, un homme frappa à sa porte. Il se présenta comme un instructeur mandaté par l'Empereur et la conduisit dans une vaste salle, meublée de quelques chaises et dont les murs clairs étaient bardés de grands miroirs de bronze.

  Il commen?a par lui exposer le protocole : celui des fian?ailles, du mariage, et de ce que l'on attendrait désormais d'elle en tant qu'épouse impériale. Les explications furent brèves, presque mécaniques. Très vite, il passa à la pratique.

  Il corrigeait sa posture, l'inclinaison de sa tête, la position de ses mains. Il lui apprenait à contr?ler sa respiration, à masquer toute émotion jugée inconvenante, à se composer un visage conforme à chaque situation.

  Cerena avait déjà appris, au fil de son séjour au palais, à se tenir face à l'Empereur. La contrainte l'y avait forcée. Mais, selon l'instructeur, cela ne suffisait pas : il lui manquait la justesse, le cadre. Elle devait désormais apprendre à s'effacer pleinement en sa présence, à ne parler que lorsqu'elle y était autorisée. à terme, elle devrait également ma?triser l'art de la danse et de la musique.

  Dès lors, ces le?ons eurent lieu chaque jour, sans exception. Cerena s'y soumettait par obligation, sans y trouver ni plaisir ni volonté véritable.

  Elles se déroulaient toujours en tête à tête avec l'instructeur — un homme compréhensif, mais ferme, intransigeant lorsqu'il s'agissait de l'étiquette. L'Empereur, lui, n'y assistait jamais.

  — Effectuons une mise en situation. Vous assistez à une audience. Sa Majesté est présente, ainsi que plusieurs dignitaires.

  Il marqua une pause.

  — La discussion porte sur des questions d'importance. Frontières, alliances, rapports de force. Les voix s'élèvent, les avis divergent… puis un silence s'installe. Tous les regards se tournent vers l'Empereur. Que faites-vous ?

  Cerena resta silencieuse, le regard vide.

  — Bien, conclut-il après un instant, hochant lentement la tête.

  Il reprit :

  — Sa Majesté appréciera une femme qui sait se taire. L'effacement est une qualité. Vous devez en être l'incarnation.

  Il la contourna, sans la regarder.

  — Soyez irréprochable. Vous portez désormais une responsabilité qui vous dépasse.

  Il s'interrompit, puis ajouta :

  — Si seulement vous aviez re?u cet enseignement plus t?t… Le Prince n'aurait peut-être pas jugé nécessaire de dispara?tre.

  Cerena serra les poings et s'apprêta à répondre, mais il la coupa net.

  — Non, dit-il calmement. Vous n'avez pas été invitée à parler.

  Il la fixa enfin.

  — Les émotions n'ont pas leur place ici. Recommen?ons.

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  Elle soupira, ferma les yeux, et se prépara mentalement à endurer la suite.

  ???

  Le jour de ses vingt-six ans, après presque trois mois de le?ons intensives qu'elle avait fini par intégrer, Cerena fut apprêtée et escortée dans la salle de réception pour une cérémonie officielle.

  Elle portait une robe cache-c?ur bleu ciel à large ceinture, nouée autour de sa taille. De fines broderies décoraient les extrémités de sa tenue. Sa chevelure était parfaitement coiffée en un chignon bas, maintenu par un peigne en ivoire.

  De longues tables étaient installées de part et d'autre de l'entrée, une troisième les connectant, au fond. Tous les convives, de hauts dignitaires, conseillers et plus hauts représentants de l'Empire, étaient assis à boire et discuter, l'Empereur lui-même déjà installé à table faisant face à l'entrée, légèrement surélevé.

  Lorsqu'elle entra, tous les yeux se tournèrent vers elle d'un seul mouvement et dans un silence de plomb. Son c?ur tambourinait, ses tempes br?laient légèrement, et ses mains se crispèrent contre son ventre. Elle garda néanmoins son visage impassible, contr?lant chaque respiration.

  Elle s'avan?a, chaque pas semblant résonner dans le silence. Peu à peu, les chuchotements se turent et tous les yeux la fixèrent, comme si le temps s'était suspendu. Elle s'inclina bien bas et attendit qu'on l'invite à se relever, comme le protocole l'exigeait.

  Puis, quelqu'un frappa dans ses mains. Elle se redressa et constata que l'Empereur — un léger sourire aux lèvres — s'était levé. Elle contourna lentement les tables pour se placer à ses c?tés, sans jamais quitter le sol des yeux. La tension monta à chaque mouvement, comme si les témoins attendaient le moindre faux pas pour la juger.

  Arrivée à son niveau, elle se pla?a à sa droite, d'un pas en retrait. L'Empereur se rassit et le d?ner reprit. Cerena, son regard fixé droit devant elle, resta immobile, les mains légèrement tremblantes posées contre son ventre, chaque muscle tendu pour ne pas trahir son appréhension.

  Après un long moment, alors que le banquet battait son plein, l'Empereur se leva d'un geste mesuré et se tourna vers Cerena, tenant quelque chose à la main. Sans un mot, il planta son regard dans le sien et tendit lentement les mains autour de son cou, la fixant avec intensité. Le poids de son regard la cloua sur place, glacée, chaque respiration un effort douloureux.

  Elle sentit le contact d'un objet se poser sur sa poitrine, le métal effleurant sa peau, froid et léger à la fois, et retint un frisson. Un collier tomba en place, suspendu autour de son cou, et un silence encore plus profond sembla s'installer dans la salle.

  L'Empereur recula d'un pas, un sourire doux aux lèvres, laissant quelques secondes à Cerena pour percevoir l'objet délicatement ouvragé : une cha?ne et un pendentif en or pur, serti d'une pierre de lune blanche.

  Il la regarda calmement, scrutant sa réaction sans chercher à la presser.

  Puis, il se tourna vers la table et prit une coupe de thé. Chaque mouvement était lent, calculé. Il but une gorgée, puis porta la tasse aux lèvres de Cerena pour qu'elle boive à son tour. Son c?ur battait à tout rompre, tandis qu'il la fixait toujours intensément, sans prononcer un mot.

  Ce geste officialisait leurs fian?ailles, un lien désormais scellé sous le regard de l'Empire, rappelant à Cerena l'ampleur de ce que cela signifiait pour son avenir

  ???

  Plus tard, dans la salle d'audience, un messager fut re?u par l'Empereur.

  — Votre Majesté, j'ai des nouvelles pour vous. Des rumeurs circulent… elles font état de votre présence dans plusieurs villes.

  L'Empereur resta silencieux un instant, ses yeux rivés sur le messager tandis qu'il pesait les informations :

  — Vraiment ?

  — Oui, mais… Les rumeurs datent déjà de plusieurs mois. Il semble qu'elles se soient atténuées depuis ; il n'en reste presque rien aujourd'hui.

  — Et donc ?

  — Cela signifie deux choses, Votre Majesté : le Prince est bien en vie, et son itinéraire depuis le village peut être retracé dans ses grandes lignes. En revanche, il semble qu'il ait trouvé un moyen d'échapper à nos espions.

  L'Empereur sourit, et demanda :

  — Qu'en est-il de l'autre personne ?

  — Elle a quitté le village il y a quelque temps avec quelqu'un d'autre. Pour l'instant, ils ne représentent pas de menace, mais ses capacités pourraient devenir problématiques à plus long terme.

  écoutant en silence, l'Empereur ne commenta pas ces informations, mais conclut :

  — Fais publier l'annonce du mariage à venir. Tout l'Empire doit en être informé, et assure-toi que la nouvelle leur parvienne également, où qu'ils puissent se trouver.

  — Bien, Votre Majesté, répondit le messager. Il en sera fait selon votre volonté.

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