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Chapitre 2

  Le générateur vibrait faiblement sous le béton, la lumière artificielle clignotait, projetant des ombres sur les murs du laboratoire. La pièce est un capharnaüm organisé, un parfum métallique d’ozone et de café se dégage dans l’air. Les paillasses autrefois blanches sont jaunies par des br?lures chimiques. Un spectrophotomètre high-tech des années 2040 tr?ne comme un monument. Les écrans tactiles sont voilés, sa carrosserie ouverte laisse voir les entrailles des circuits verts rongés par l’oxydation.

  Dans un coin sombre de la pièce se dressait une cage pouvant mesurer 1m30. Elle accueille un jeune gar?on adolescent aux cheveux sombres. La chair avait déserté, laissant place à la géographie intime du corps : une paleur de cave, la peau collée aux os en épousait chaque courbe et chaque creux, créant une carte de la faim et du silence.

  Son esprit est plongé dans un voyage astral.

  Il rêvait qu’il courait dans une prairie ensoleillée tandis que le climat était humide. Autour de lui, les fleurs rayonnaient et les oiseaux chantaient si bien qu’il débordait de joie. La beauté de la vie à cet instant lui fit monter les larmes aux yeux. Il s’allongea dans l’herbe puis un fou rire lui échappa. Il fixa le ciel, d’un azur pur et absolu. Sans bruit de moteur, de tubes, de voix qui hurlent : juste lui, accompagné du susurrement du vent et du bourdonnement paisible des insectes. Il s’effondra dans l’herbe, le souffle court, un sourire stupide collé aux lèvres.

  — Donc voici le monde baigné de lumière. Juste… être, exister, sans le poids.

  — Ah… bordel. Quel temps pour être vivant !!!

  C’est à ce moment que le ciel se fissura.

  Tout commen?a par une goutte, puis deux, puis des milliers.

  — Décidément, la chance ne me sourit jamais. Il faut que je me tire d’ici.

  Il vit au loin une ferme et emprunta le chemin du champ de ma?s pour l’atteindre. Au fur et à mesure qu’il pénétrait dans le champ, la ferme s’éloignait.

  — Mais qu’est-ce qui se passe depuis un moment ?

  — J’ai l’impression de tourner en rond.

  Il continua à courir, à changer de direction, mais rien ne changeait. Le résultat restait le même. La nuit tomba, une faim tenaillante se fit sentir, et lui, autrefois soigné, était maintenant couvert de crasse et trempé de la tête aux pieds. Après de longues minutes d’une course éperdue, sa raison commen?a à se dissoudre. Sous la nuit déjà tombée, il se mit à frapper le sol à pleins poings, à lancer des tiges de ma?s qui retombaient mollement, à se griffer le visage jusqu’au sang et à rire nerveusement.

  — Pourquoi je fais ?a ?

  La question resta sans réponse.

  — Pourquoi ce monde ne veut pas de moi ?

  — Le bonheur n’est pas destiné à des mecs comme moi. Je suis condamné à l’échec jusqu’au bout.

  — Maman, tu me manques tellement… ?a fait tellement longtemps que je ne t’ai plus vue. J’aimerais juste te revoir une dernière fois avec Lucy.

  Il était en larmes, à genoux, en plein c?ur du champ, mais il ne remarqua pas qu’une présence s’approchait petit à petit. Un craquement de brindille révéla la présence de la chose. Il entendit le bruit, se retourna et observa une ombre noire gigantesque l’observer à quelques mètres.

  — C’est quoi cette chose ?

  Il courut dans le champ de ma?s. La chose était à ses trousses, mais elle n’était pas seule. D’autres pas résonnaient dans son dos. Le gar?on courait, aveuglé par la panique, jusqu’à ce que son pied heurte une pierre. Il ferma les yeux et pria pour que l’abomination disparaisse.

  Il se réveilla en sursaut, le corps baigné d’une sueur froide. Ses genoux heurtèrent le métal et la cage vibra. L’air était épais, irrespirable. Une puanteur de rouille et de crasse prenait à la gorge, br?lante à chaque respiration. Ses doigts rencontrèrent la froideur des barreaux. Aucune chaleur n’habitait ce lieu.

  Après de longues heures de sommeil, la faim le gagna, mais malheureusement il ne lui restait qu’un vieux pain rassis accompagné d’eau trouble. Il croqua dans le pain et un go?t de métal envahit sa bouche. La pièce était très sombre, mais ses yeux s’étaient adaptés. Il inspecta attentivement chaque recoin de la pièce et remarqua la présence d’un rat se promenant au sol. Il déposa le pain devant sa cage et attendit patiemment. Il ne lachait pas le regard de son champ de vision : la moindre déconcentration serait fatale. Le rongeur se rapprocha du morceau en le contemplant comme une ?uvre d’art, ignorant le prédateur prêt à bondir sur lui. Sans perdre de temps, il attrapa le rat en serrant sa poigne de toutes ses forces. Le rat gesticula et le mordit de toutes ses forces avant de lacher son dernier souffle. Il dévora le rat sans remords.

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  Dans l’ombre, un individu le regardait savourer son repas avec fascination et admiration. Il s’approcha de la cage à petits pas, se courba, admirant son sujet. Caleb Spencer, le regard suspendu sur Belial.

  — Salut, Belial. Je vois que tu te régales avec ton rongeur.

  Belial ne donna aucune réponse, trop occupé à sa dégustation.

  — Il n’est pas très judicieux de se nourrir de rongeurs. Ils peuvent être porteurs de maladies, pourtant je te l’ai expliqué tant de fois, jeune homme !

  Bruit de craquement.

  — Désolé pour mon absence. J’étais en ville pour récupérer un p’tit colis. Même si j’ai d? sacrifier une vie pour l’avoir… que c’est embêtant.

  — …

  — Le contenu de cette bo?te me permettra de réaliser mon but ultime, et j’aurai besoin de ton aide pour me servir de main-forte.

  — …

  Caleb, agacé par le silence de Belial, frappa violemment la cage, ce qui le fit sursauter.

  — J’ai horreur qu’on m’ignore. Dans cette pièce, l’attention m’appartient, donc écoute-moi attentivement, sinon je te brise les ligaments.

  Belial était terrifié. Son regard ne quittait plus Caleb.

  — Bon, on en était où déjà ? murmura-t-il avec un large sourire.

  — Belial, ?a fait combien de temps que tu vis sous mon toit ?

  — Heu… peut-être neuf ans.

  — Neuf ans… c’est énorme. Neuf ans que je prends soin de ta petite personne, neuf ans que je te nourris, neuf ans que tu vis au chaud sans subir le poids du monde extérieur. D’après toi, ce n’est pas le moment d’être reconnaissant envers moi ?

  — Tu vois ce carton ? Il contient une larve de Luminéen, communément nommée spectre.

  — T’en as s?rement déjà vu.

  — Oui, mais mes souvenirs sont flous.

  — J’aimerais te rafra?chir la mémoire.

  Caleb ouvrit la cage.

  Belial en sortit avec un léger déséquilibre.

  — Ouvre la bo?te, dit Caleb calmement.

  Belial hésita. Ses doigts tremblaient au-dessus du couvercle. Il leva les yeux vers Caleb, cherchant un signe. Le scientifique souriait.

  Il ouvrit légèrement et aper?ut un corps mou, pale, presque transparent, long d’une trentaine de centimètres. Une lumière traversait sa chair. Quand il voulut refermer la bo?te, il se fit asperger d’un liquide visqueux qui lui br?la le visage. Caleb le regarda se débattre au sol avec un sourire aux lèvres.

  Belial suffoquait tant la douleur était atroce. Caleb lui appliqua un spray qui calma instantanément la br?lure.

  — Relève-toi. Tu es encore utile à mes yeux.

  Caleb attrapa les épaules de Belial et approcha son visage du sien.

  ? De nombreuses années auparavant, j’ai réalisé cette expérience, pas qu’une fois, mais cela s’est toujours soldé par un échec. L’objectif est de transformer les erreurs passées en protocoles correctifs.

  ? Je risque de mourir ?

  ? Hum… oui, en effet. Il y a de grandes chances, mais je sais que tu seras à la hauteur. Ce n’est pas un hasard si mon choix s’est porté sur toi, sur nul autre.

  ? Tu es mon arme secrète. Mon démon.

  Caleb sourit.

  Belial ressentit une étrange confiance après ses mots.

  ? Belial.

  ? Oui ?

  ? Suis-moi à l’extérieur, j’ai un cadeau pour toi.

  ? Huh !!! Un cadeau pour moi ?

  Ils montèrent les escaliers grin?ants du sous-sol.

  à l’intérieur, l’air était sec. Les pièces étaient étroites, organisées avec précision. Des cables couraient le long des murs, reliés à des générateurs dissimulés derrière des cloisons. L’éclairage était faible, juste assez pour distinguer les formes sans offrir de confort. Des traces de pas et des marques d’outils étaient visibles sur le sol. Des étagères métalliques soutenaient des fioles, des carnets noircis d’annotations et des instruments médicaux usés. Plus loin, une pièce était isolée du reste et verrouillée par un dermascan, un dispositif de sécurité lisant les empreintes digitales pour déverrouiller la porte.

  Sur une table de la cuisine, une énorme pastèque était déposée.

  ? Elle est pour toi.

  ? Vraiment ???

  ? Oui, régale-toi. ?a change des rats.

  — SUUUUPPPPEEEERRRR PUTAIN !!!!

  ? J’en avais plus mangé depuis des lustres.

  Belial déchiqueta la pastèque et savoura chaque partie.

  ? Mange bien, car la semaine s’annonce mouvementée.

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