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Chapitre 13 : Lilith...?

  Ses mains restent posées contre mes joues.

  Elles sont froides… non.

  Pas froides.

  Comme si je sentais la sensation d’un contact sans qu’il y ait vraiment un contact.

  Mon cerveau essaie d’interpréter quelque chose qui ne devrait même pas exister.

  Et sa voix…

  Mon Dieu.

  Elle est douce.

  D’une douceur presque musicale.

  Une voix faite pour rassurer les enfants, pour raconter des secrets au creux d’un rêve.

  Elle sourit, ce sourire parfait qui n’a rien d’humain,

  et ses yeux me fixent comme si elle voyait quelque chose à l’intérieur de moi que je n’ai jamais osé montrer.

  Mais sous cette douceur, il y a une vibration qui me retourne l’estomac.

  Quelque chose d’anormal.

  D’immense.

  De mauvais.

  Comme une berceuse jouée dans une morgue.

  Chaque fois qu’elle parle, mes sens hurlent tous en même temps :

  , , .

  Mais je suis incapable de bouger.

  Elle me regarde avec ses yeux parfaits et pourtant… impossibles.

  Une aberration du monde réel.

  Comme une image trop nette dans un film flou.

  Comme une présence qui n’a rien à faire dans l’univers tel qu’il fonctionne.

  Elle penche légèrement la tête, ses doigts glissant le long de mes tempes.

  — Pauvre petit Soren…

  —

  Je voudrais répondre mais ma gorge refuse de coopérer.

  Elle continue :

  — Pas de père.

  Sa voix coule comme du miel empoisonné.

  — Une mère malade, brisée, perdue dans ses propres ténèbres…

  Elle sourit, presque compatissante.

  The author's tale has been misappropriated; report any instances of this story on Amazon.

  Un sourire à glacer le sang.

  — Et toi. Né dans un vide. Sans explication. Sans histoire.

  Oui, bon ?a va hein, on fait ce qu'on peut.

  — ?a ne t’a jamais semblé étrange ?

  Mon souffle se bloque.

  Oui, ?a m’a semblé étrange.

  Toute ma vie.

  Mais je n’ai jamais voulu y penser trop fort.

  Je me force à articuler, dans un souffle qui n’est pas vraiment une voix :

  — Mais, t'es quoi..?

  Son sourire s’élargit, doucement, comme si elle savourait la question.

  — Je suis comme toi.

  Elle le dit avec une fierté glaciale, presque tendre.

  — Une incarnée.

  Elle go?te le mot comme un fruit interdit.

  — Née d’un rituel. D’une messe noire. Mise au monde par des mains qui appartiennent à autre chose qu’à des humains.

  Mon ventre se serre.

  Je sens l’air devenir lourd autour de nous.

  Mes oreilles bourdonnent.

  Elle incline la tête encore un peu, les yeux brillants :

  — Tu crois que ta mère est juste tombée malade ?

  Un rire presque compatissant lui échappe.

  — Non, Soren.

  Elle approche sa bouche de mon oreille.

  — Ta mère est une sorcière.

  Hein?

  — Elle t’a porté pour inviter un roi infernal dans ce monde.

  Elle caresse ma joue comme on caresserait un enfant triste.

  — Un être si puissant que même les Enfers tremblent devant lui.

  Je secoue la tête, un réflexe idiot, désespéré.

  Elle continue :

  — Elle a fait tout ?a… et elle ne t’a jamais dit la vérité.

  Sa voix se fait plus douce, presque triste, et ?a rend tout encore pire :

  — Elle devait te préparer… te guider… mais elle a échoué. Elle t’a abandonné à un destin que tu ignores encore.

  Je n’arrive plus à respirer.

  Elle glisse une main dans mes cheveux.

  — Je vais tout t’expliquer. Je vais réparer ce que ta mère a brisé.

  Sa main glisse encore dans mes cheveux.

  Je sens chaque mouvement sans sentir sa main.

  Un contact qui semble à la fois réel et absent, comme une illusion trop bien faite.

  Mon esprit tourne, s’emballe, tente de comprendre quelque chose d’incompréhensible.

  Réparer…

  Quoi ?

  J’arrive enfin à murmurer, la voix étranglée par un mélange d’effroi et de confusion :

  — … réparer… quoi… ?

  Elle se redresse légèrement, son sourire prenant une teinte presque tendre.

  — Toi.

  Le mot tombe comme une pierre dans un puits.

  Je déglutis, le c?ur battant à m’en perforer la poitrine.

  — Je… je comprends pas…

  — Bien s?r que tu ne comprends pas.

  Sa voix se fait de velours, tellement douce que ?a donne l’impression d’être enveloppé dans quelque chose de chaud… et de mortel.

  — Personne ne t’a appris. Personne ne t’a guidé. Personne n’a osé te dire ce que tu es vraiment.

  Elle se rapproche encore, si près que ses cheveux fr?lent ma joue.

  Je ne respire plus.

  — Ton rituel…

  — Celui qui aurait d? t’ouvrir au monde d’en dessous… a échoué.

  Son souffle caresse ma peau, glacé.

  — Tu es né brisé. Incomplet. Coupé de ce que tu aurais d? devenir.

  Je sens un frisson remonter toute ma colonne vertébrale.

  — Non… non…

  Je ne sais même pas à quoi je dis “non”.

  Elle pose de nouveau sa main — sa — sur ma joue.

  — Ne t’inquiète pas, petit incarné.

  — Je suis là pour t’aider. Pour te remettre sur la voie.

  Je secoue faiblement la tête.

  Je veux reculer, mais mes pieds ne répondent pas.

  Ses yeux plongent dans les miens.

  Il y a quelque chose dedans.

  Quelque chose qui dépasse l’humain.

  ?a pulse.

  ?a br?le.

  ?a avale.

  Et alors, sans que je comprenne pourquoi, mes lèvres bougent toutes seules.

  Un mot glisse de ma gorge.

  Un nom.

  — … Lilith…

  Ma voix me para?t lointaine, comme si ce n’était pas moi qui venais de parler.

  Je ne sais pas qui est Lilith.

  Je n’ai jamais entendu ce nom.

  Je suis s?r de ?a.

  Absolument s?r.

  Pourtant je l’ai dit.

  Comme si quelqu’un l’avait soufflé directement dans ma tête.

  Elle, en revanche…

  Elle sourit.

  Un sourire lent, immense, presque triomphant.

  — Voilà…

  Son doigt trace une ligne le long de ma machoire.

  — Tu le savais. Au fond de toi. Tu m’as toujours connue.

  Elle cligne des yeux, un geste presque humain, mais trop fluide, trop parfait.

  — Je suis Lilith.

  Une ombre passe dans son regard.

  — La première des incarnées. Celle dont le rituel n’a pas échoué.

  Un vertige me prend.

  Mes jambes tremblent.

  Lilith…

  Comment j’ai pu…

  Elle me regarde comme si elle connaissait chacune de mes pensées avant même qu’elles existent.

  — Et maintenant, Soren…

  Sa voix descend d’un ton, plus profonde, plus dangereuse.

  — Je suis venue t’offrir une deuxième chance.

  Elle sourit.

  — Une chance de devenir ce que tu aurais d? être.

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